Elisabeth B.
VOUS,
MES PARENTS, MES JUGES
Le déni total
Témoignage
A mon fils, mon mari et ses enfants, ma belle-mère, mes ami(e)s.
A tous ceux qui m'ont cru dès le début.
Afin de préserver l'anonymat des personnes concernées, les prénoms ont été modifiés.
Merci à mon mari, Jean-Marie, pour sa patience et son aide précieuse dans l’élaboration de cette lettre.
Merci à Marie pour la relecture.
Merci à ceux que je n’ai pas pu nommer dans cette lettre, pour leur amitié et leur soutien tout au long de ces années: Alain, Anaïs, Christine, Claude, Dominique, Elisabeth, Emmanuelle, Esther, Fred, Guillaume, Hubert, Isabelle, Joaquim, Jonathan, Marcel G., Marie-Sophie, Matthieu, Maude, Nathalie, Nicolas, Paul, Philippe, Roselyne, Sophie, Tonia, Virginie.
Vous, mes parents, mes juges.
Chaque personne ayant vécu l’inceste, la pédophilie, les violences conjugales, les violences morales et verbales a le droit d’être victime. Vous mes parents, mes juges, vous m’avez toujours jugée comme une affabulatrice, comme une personne si peu crédible, la honte de la famille. Pourtant, je suis victime. Oui Papa et Maman, je suis victime aussi bien de votre fils, que du pédophile, victime aussi de cet homme violent qui a été pendant un certain temps mon mari. Mais, en premier lieu, je suis victime de vous, de votre comportement, de votre éducation, de votre rigidité, de votre croyance exacerbée en Dieu. Dieu, qui aurait aimé voir notre monde ici bas plus paisible, plus chaleureux, plus aimant, en commençant par les familles. Il faudra peut-être reprendre la Bible et la relire complètement, votre Dieu en qui vous croyez tellement n’a jamais ordonné de punir votre enfant pour ce qu’il n’a pas fait, il ne vous a jamais demandé non plus d’ignorer ses souffrances. Papa et Maman, l’être suprême que vous adorez et que vous priez si souvent existe peut-être, les chrétiens le nomment Satan! Le vrai Dieu, comme je l’ai appris autrefois, ne veut que du bien, de la justice, de la compréhension et de l’amour, contrairement à vous.
Je voudrais vous expliquer une dernière fois, par cette longue lettre qui vous est
adressée, que vous devez me croire quand je vous dis que j’ai enfin le droit d’être victime. Une victime à part entière et sans
réserve, Papa et Maman je suis une
VICTIME.
A toi que j’aime
Comme un rêve, pensée vagabonde de mes sentiments,
Ton image flotte délicatement sur le fil de ma mémoire.
Je me souviens, depuis toujours, aux abîmes de mon inconscient,
La naissance d’un songe secret aux frontières d’un monde illusoire.
Puis il y eut ce jour d’automne, un jour magique, un jour figé hors du temps.
L’eau de la clepsydre immobilisa le temps et la souffrance
La nature bercée par un rayon de Soleil, s’endormait doucement,
Au creux d’une verdure drapée de brume et de silence.
Je revois bien ce chemin d’où, si belle, tu sortis doucement
Presque irréelle, dans la quintessence de mes rêves les plus fous.
J’allais rencontrer l’amour, l’amour rêvé, l’amour passionnément.
Un amour fondu dans un jardin, couleur sépia, un paradis si doux.
Je veux me fondre et me confondre dans le vert de tes yeux,
Je veux naviguer, marin solitaire, sur les vagues de ton corps,
Je veux déposer sur tes lèvres un long baiser amoureux,
Je veux explorer, géométriser, glisser sur tes fibres d’or.
L’espace de tes bras est devenu mon refuge, mon royaume,
Dans la douceur de tes mains, je n’aurai plus jamais peur,
Lorsque je me suis si doucement lové sur ton cœur comme un môme,
Je veux laisser ta respiration me raconter le bonheur.
A toi qui as tant subi dans ton corps, dans ton cœur et dans ton âme,
Tant de drames, surgis des entrailles de la folie humaine,
Où, dans la palabre de notre société de chaîne et de larmes,
Tu as su renaître d’un triste passé au-delà de la haine.
A toi dont si fort est le besoin d’amour, d’être heureuse,
A toi qui mieux que personne, sauras donner et ouvrir ton cœur,
Je veux t’envelopper, si douce, si fragile, si précieuse,
Dans un coton d’amour, de tendresse infinie, de bonheur.
Je vais seul ressusciter tes rêves et transformer tes larmes en diamants,
Je vais déposer à tes pieds toute ma tendresse, tout mon amour, toi que j’adore,
Je vais te guider vers le bonheur en te prenant par la main comme un enfant
Je te promets que notre amour survivra à la folie, à la vie et à la mort.
Jean-Marie
I
Comment exprimer avec des mots tous les maux qui sont à l’intérieur de moi? Comment vous dire que je vais mal? Comment vous faire comprendre que le mal qui est en moi se manifeste en douleurs, des douleurs dans le dos, dans les bras, dans les muscles, dans la tête, dans le cœur, des douleurs partout. Comment vous expliquer ce qui me fait courir d’un médecin à un autre? Pourquoi me faut-il si souvent dévoiler les raisons de ma souffrance? Pourquoi ai-je l’impression de devoir me justifier devant tant de monde? J’aimerais qu’on reconnaisse que je ne souffre pas pour rien, que mes douleurs sont réelles.
Je souffre d’une maladie grave, très grave. Une maladie qui ronge mon âme dans ce qu’elle a de plus profond et de plus intime. Une maladie qui s’attaque à l’invisible de mon être devant laquelle les médecins et la plupart d’entre vous restent impuissants et sans remède. Malheureusement, la maladie qui m’affecte depuis si longtemps est un tabou. Un tabou dans notre milieu, dans notre famille, chez les "bons catholiques", un tabou.
Bien dressés comme des petits soldats, nous allions tous ensembles, chaque dimanche, vers ce bâtiment sacré qu’on appelle Eglise. Nous revêtions nos plus beaux habits, les habits du dimanche et enfilions nos chaussures bien cirées. Nous marchions côte à côte, frères et sœurs, en exhibant une "parfaite harmonie". Pour me faire comprendre qu'il fallait rester dans le rang, tu avais l'habitude, Maman de me prendre par la nuque en serrant très fort, et tu me dirigeais violemment dans la bonne direction. Une des tes autres méthodes consistait à me pincer tellement fort qu'il me restait des bleus. Tout ceci se faisait en cachette de Papa qui ne se rendait compte de rien. Les parents comme des dieux tout puissants marchaient derrière nous. Une fois que nous étions arrivés dans ce lieu sacré, nous allions nous asseoir bien sagement sur un banc, le plus près possible de l’Autel de façon à être vus par le curé et surtout par les autres paroissiens. Tout effort méritant salaire, nous avions en rentrant droit à un passage chez le marchand de bonbons. Chacun avait dix centimes à dépenser, une fortune pour nous les enfants. Le petit déjeuner servait à nous questionner sur l’homélie de monsieur le curé. Si nous n’avions pas la moyenne à l’examen, un deuxième passage à l’église était obligatoire le soir même pour écouter à nouveau le sermon du pieux orateur.
Je ne crois plus en Dieu, mais s’il existe, j’aimerais tant qu’il envoie un peu d’humanité à mes parents avant qu’il ne les juge trop sévèrement. J’aimerais aussi qu’il me fasse sortir de cet horrible trou noir. Ce trou noir d’où surgissent certains souvenirs… Toujours les mêmes.
Je suis comme une petite fille qui recherche vainement l’amour et la tendresse de ses parents, pourtant j’ai quarante ans aujourd’hui. Que dois-je faire pour que je puisse enfin devenir adulte, une adulte sûre d’elle, sans être en même temps une petite fille? Une petite fille qui demande, supplie, attends des mots, des mots d’amour, des mots prononcés avec tendresse, des mots dits avec sincérité et chaleur, qui feraient fondre ma carapace de glace.
Vous, Papa et Maman, ne m'avez jamais manifesté la moindre tendresse. Cela m'a empêché de me construire dès ma petite enfance. Je n'ai jamais trouvé un sentiment de sécurité auprès de vous, vous ne m'avez jamais rassurée. Cela m'a rendue vulnérable au lieu de me rendre forte et épanouie. Vous m'avez donné une image très dévalorisante de moi-même, l'image d'une bonne à rien, même pas bonne à être aimée. Votre éducation m'a appris à être prête à tout pour être aimée!
Papa et Maman, est-ce si difficile pour vous de me donner ce que je vous demande? Est-ce si terrible pour vous de dire: "nous sommes désolés, nous sommes terriblement désolés, mais nous jurons que nous n’avons rien vu ni rien entendu, mais si toi tu le dis, c’est que c’est vrai"? Est-ce si inconcevable pour vous de devoir admettre que votre fille vous ait dit cette horrible vérité? Pourquoi ce refus de vouloir me rassurer avec des mots et des gestes? Pourquoi refusez-vous le fait que plusieurs personnes ont abusé de votre enfant? Comment pouvez-vous avoir la conscience tranquille?
Pourquoi préférez-vous ne rien faire pour votre enfant? Est-ce plus facile d'ignorer cette vérité? Etes-vous conscients que son existence est devenue insupportable? Etes-vous conscients qu’elle doit vivre avec cette douleur le restant de sa vie? Elle est condamnée à vie, elle. Elle est seule dans son combat de survie, terriblement seule et vous, les parents, vous ne faites rien! Comment pouvez-vous ne pas la croire? Elle ne pourrait pas inventer une telle horreur, c’est trop grave, ça détruit, c’est tellement monstrueux. C’est un mal, une douleur intense, un déchirement, une maladie, un poison qui détruit tout et condamne à vivre. Personne ne peut s’imaginer que cela peut arriver à nos enfants, et pourtant……. Quand ça arrive, on peut et on doit les aider. Des enfants comme moi, qui souffrent, des enfants seuls. Seuls sans parents. Sans aide.
Pourriez-vous m’expliquer, Papa et Maman, comment il est possible que je ne me sente pas aimée? Pourtant, vous avez toujours prétendu ne jamais faire de différence entre vos enfants. Pourquoi, Papa et Maman, est-ce que je ne me sens pas votre enfant? Je me sens seule abandonnée, sans parents, sans frères, sans sœurs. Suis-je vraiment une enfant désirée? Suis-je vraiment votre enfant ou suis-je une intruse, si c’est le cas, si je ne suis qu’une étrangère à peine tolérée, j’aurais préféré que vous ne me donniez pas la vie. J’aurais préféré naître chez des parents qui m’écoutent, des parents compréhensifs, des parents qui m’auraient aimée tout simplement.
Je ne vous accuse pas, je ne constate que l’horrible réalité sur votre "façon de m’aimer" et cela me fait énormément souffrir.
Pour commander le livre
Librairie Lierre et Coudrier éditeur
http://www.editions-amalthee.com/article.php?sid=242
http://www.editions-amalthee.com/images/bon%20de%20commande.pdf
Fnac.com : Elisabeth B, Vous, mes parents, mes juges !, Essai ...
Amazon.fr: Vous, mes parents, mes juges : Le déni total: Elisabeth ...
Communauté : abus sexuels et conséqences - Par Carnet de liens

Derniers Commentaires