Les gens sont ennemis de ce qu'ils ne connaissent pas (Imam Ali)
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SITUATION AU QUÉBEC |
Les victimes se sentent souvent trahies par leur corps, car l’excitation sexuelle, qui est une réponse normale aux stimuli physiques, entre en conflit avec les sentiments ressentis lors de l’abus. |
LES CONSÉQUENCES SUR LA SEXUALITÉ
En premier lieu, il est essentiel d’aborder les stéréotypes et préjugés entourant les rôles sexuels masculins. Notre société s’attend des hommes qu’ils soient autonomes, forts, en contrôle de
leur vie, qu’ils n’aient pas besoin des autres pour se défendre et pour passer à travers diverses situations. Ce stéréotype va à l’encontre de l’expérience vécue par les survivants masculins.
Le survivant incorpore cette prémisse voulant qu’il ait dû régler ses difficultés seul et se défendre contre son agresseur. Cette perception renforce et accentue le secret et l’isolement. Les
stéréotypes de genre touchent également directement l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle de la victime. Ces dernières sont déjà fortement ébranlées pour le survivant du fait que
beaucoup d’entre eux ont été abusés par un homme. Ainsi, les victimes masculines projettent leur identité d’homme mûr sur les souvenirs des abus en oubliant qu’ils étaient à l’époque des
enfants et ils se considèrent coupables de ne pas avoir pu empêcher l’agresseur. Concernant leur identité masculine, des survivants ont un sentiment d’imperfection et d’impuissance en tant
qu’hommes. Les idées rigides sur les rôles sexuels basées sur des impressions inexactes sont responsables d’une partie des souffrances existentielles des survivants. De plus, ne comprenant pas
ce qui est arrivé durant les abus, certains survivants ont tendance à se référer à l’excitation physique et à l’orgasme avec l’abuseur pour identifier leur orientation et leur préférence
sexuelle. Ainsi, ils identifient les abus sexuels comme un épisode homosexuel plutôt que comme un traitement abusif.
Concernant les comportements sexuels de la victime, plusieurs tangentes peuvent exister. Étant donné que l’enfant n’a pas la maturité émotionnelle, intellectuelle et sociale pour se positionner et comprendre l’expérience sexuelle, les abus peuvent créer des comportements qui s’avéreront dysfonctionnels à l’âge adulte. Les premiers contacts sexuels de tout individu façonneront sa perception et ses comportements à vie. Ainsi, certains survivants se réfugieront dans des comportements reproduisant l’abus. En effet, l’association problématique de l’usage du pouvoir, le non-consentement et parfois la violence peut être des stimulants érotiques ou fantasmatiques. Certains survivants élaboreront des fantasmes et des rituels masturbatoires reproduisant l’expérience d’abus. Certains seront excités par des activités sexuelles qui font intervenir agression, violence ou exploitation. Un survivant hésitera à parler de sa sexualité due à la honte et la culpabilité. De plus, certains survivants s’adonnent à des comportements sexuels obsessionnels, des activités sexuelles anonymes ou des masturbations compulsives. La honte et les remords sont amplifiés après s’être adonné à ces activités. Pour certains survivants, l’obsession sexuelle remplace l’intimité sexuelle. D’autres survivants s’efforcent de répondre à leur inconfort devant la sexualité en évitant tous contacts sexuels ou intimes.
Plusieurs survivants ne sont pas conscients que leurs comportements sexuels ont été façonnés par l’abus. Certains pensent qu’ils sont inadaptés, bizarres ou anormaux relativement à la nature de leurs désirs sexuels et la façon dont ils vivent leur sexualité. À noter qu’il est faux de croire qu’un homme ayant été abusé sexuellement dans son enfance reproduira systématiquement les mêmes comportements et abusera à son tour. C’est un mythe et il impératif de prendre en considération la source des statistiques qui tente de démontrer cette corrélation.
CONSÉQUENCES SUR LE PLAN PHYSIQUE
Plusieurs symptômes physiques peuvent être observés chez l’enfant et chez
le survivant adulte. Les enfants n’ont souvent pas les moyens de mentionner ce qui leur arrive. Il est possible qu’ils ne soient pas crus par les adultes ou que ces derniers refusent de
dénoncer l’agresseur. Plusieurs symptômes physiques peuvent être observés chez un enfant abusé. Il est possible de remarquer : cauchemars répétitifs, troubles du sommeil, énurésie, douleurs
physiques, etc. De plus, il est possible qu’il ait des douleurs somatiques dont aucune cause organique n’est apparente.
À l’adolescence et à l’âge adulte, l’image corporelle peut être affectée, ainsi le survivant peut ressentir dégoût ou haine pour son corps. Le manque d’hygiène ou une négligence des besoins physiques peuvent alors être observés. Les victimes se sentent souvent trahies par leur corps, car l’excitation sexuelle, qui est une réponse normale aux stimuli physiques, entre en conflit avec les sentiments ressentis lors de l’abus. Des comportements autodestructeurs peuvent alors être observés : pratiques sexuelles à risques, alcoolisme, toxicomanie, idées suicidaires, tentatives de suicide, problèmes avec la justice, jeu compulsif, imprudences lors de la conduite automobile, laisser-aller des responsabilités financières, etc.
CONSÉQUENCES SUR LE PLANPSYCHOLOGIQUEET AFFECTIF
Plusieurs distorsions cognitives et émotionnelles seront
présentes chez les victimes masculines. La honte, la culpabilité et l’isolement prédominent. Il est important de rappeler que les survivants projettent leurs valeurs et jugements d’adulte sur
une situation qui est survenue étant enfant. Plusieurs vont tenter de nier, de refouler et d’oublier non seulement les événements, mais les impacts et les répercussions sur leur vie. Le tout
viendra indéniablement les hanter par les « flash-back », cauchemars, difficulté de sommeil, etc. Les hommes en général n’ont pas appris à exprimer leurs sentiments et émotions à cause des
standards et stéréotypes de genre. Il est encore plus difficile pour certains survivants de les identifier. N’étant pas en contact avec leurs colère, peur, angoisse, culpabilité et honte, ces
émotions finissent par être vécues comme de la rage ou de la colère. Ces dernières sont plus acceptables pour un homme que de vivre de la vulnérabilité. Même les sentiments de bonheur et de
plaisir peuvent être perçus comme impossibles et parfois malsains, car l’accessibilité aux émotions positives libère aussi les négatives. Étant habitués à se couper de toutes émotions, le
bonheur et le bien-être deviennent anxiogènes. Ainsi, certains vivront toute leur vie comme victime, alors que d’autres tenteront, avec agressivité, d’incarner « les durs à cuire ». Enfin,
certains auront des difficultés à respecter leurs limites et leur espace vital.
LES SERVICES OFFERTS
Le stéréotype généralement accepté suggérant que l’homme soit abuseur et non victime affecte les services pour les survivants. Il est déjà difficile d’organiser des services pour les hommes,
alors quand il est question d’abus sexuel, c’est pire. Le Centre de Ressources et d’Intervention pour Hommes Abusés Sexuellement dans leur Enfance (CRIPHASE) leur vient en aide. L’organisme
communautaire offre la possibilité aux hommes adultes, autant francophones qu’anglophones, sans égard à l’orientation sexuelle, de s’inscrire à des démarches de groupe et de participer à
diverses activités. Le CRIPHASE permet à ces hommes de sortir de leur silence et de leur isolement, de les aider à mieux comprendre ce qu’ils ont vécu et de trouver les moyens de se libérer des
souffrances qui alourdissent leur vie. Différents services de groupes sont offerts pour les survivants, ainsi que pour leur conjointe/conjoint. Enfin, il faut se rappeler que les mythes, les
préjugés, les rôles et les stéréotypes de genre, le secret, la famille, la pression sociale, la santé tant psychologique qu’émotionnelle et la situation financière sont des éléments d’un lourd
fardeau que les hommes abusés durant l’enfance peuvent rencontrer. Pour ces raisons, plusieurs survivants garderont le secret durant une partie, sinon toute leur vie.
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Centre de Ressources et d’Intervention Pour Hommes Abusés Sexuellement dans leur Enfance (CRIPHASE)
Téléphone : 514-529-5567
Courriel : criphase@cam.org
Site Internet : www.criphase.cam.org
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