Carnet de Liens - Tout sur les abus sexuels et les conséquences
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« Les vérités qu’on aime le moins apprendre sont celles que l’on a le plus d’intérêt à savoir.»
Proverbe chinois
Être victime – homme ou femme
Par Frieke Brandebourg-Jeurgens
Xammes, le 02.12.2008
Nous pouvons tous nous trouver un jour ou un autre en position de victime. Nous pouvons être victime d’un accident, d’un abus sexuel, de violence, d’une agression, d’un harcèlement….. Celui ou celle qui subit est normalement appelé « victime », l’autre s’appelle « l’agresseur, le coupable, le manipulateur…. ».
Les victimes sont des personnes qui n’ont pas les moyens de se défendre naturellement contre les abus infligés. Les personnes le plus souvent attaquées sont les plus vulnérables comme les enfants, les personnes âgées, les malades, les handicapés…..
Je parlerai ici surtout aux victimes des abus sexuels et à leurs proches. Beaucoup de choses sont encore trop tabou pour oser en parler, pourtant les e-mails reçus prouvent bien qu’il reste beaucoup de questions sans réponses.
Pour les victimes d’abus sexuels :
L’enfant victime n’est pas responsable des actes subis.
L’enfant n’a pas les moyens de se défendre, sauf avec une éducation comme décrite par Gérald Brassine dans son livre « Un petit manuel d'autoprotection à l'intention de la famille et du grand public »
L’enfant vers les chemins de la vie :
L’enfant abusé subit les conséquences des abus sexuels pendant l’enfance, l’adolescence et la vie d’adulte. Ceci se traduit souvent par l’enfermement dans le silence, le tabou, la honte, la culpabilité.
Les mécanismes mis en place par la victime sont souvent des crises d’angoisses, des crises de colère, de boulimie, d’anorexie, d’alcoolisme, de dépendance, la liste des conséquences se trouvent sur le site « Carnet de liens – Abus Sexuels »
La victime adulte :
La victime ayant vécu des abus sexuels dans l’enfance se sent responsable des actes subis, pourtant cela n’était pas de sa faute. De bonnes thérapies peuvent aider les victimes à se sentir mieux, à savoir, à accepter, qu’elles ne sont pas responsables des abus subis. Ceci demande beaucoup de travail et d’investissement de la part de la victime mais cela est possible. Une thérapie en douceur, la PTR (Psychothérapie du Trauma et Réintégration) est décrite dans le site « Carnet de Liens – Abus Sexuels », sous la catégorie « Gérald Brassine et la Thérapie PTR et Témoignages ».
Un adulte qui n’a pas compris comment cela a pu lui arriver en tant qu’enfant sera souvent pris entre les griffes des abuseurs et manipulateurs. L’adulte qui continue à subir des violences verbales, qui est la cible des harceleurs, des manipulateurs, est lui responsable de ses actes. Nous n’avons pas à nous inquiéter si nous avons tiré des leçons de nos expériences du passé, si cela n’est pas le cas il est urgent de comprendre comment les mauvais traitements peuvent continuer.
Les dégâts du passé :
Le passé d’une victime d’abus sexuels à commencé avec l’interdiction de dire « NON ». L’enfant n’a pas pu arrêter les abus sexuels car le « NON » prononcé n’a pas été entendu ou ignoré. En tant qu’adulte, la victime n’ose toujours pas prononcer ce petit mot. Pourtant le « non » est si important dans la vie de tous les jours. Pour la victime adulte, le mot « non » continue à faire peur. Le « non » signifie pour elle, « on ne m’aime pas », « je serai abandonnée ». Ce petit mot résume tout de la victime, elle n’a pas dit « non », quand le monsieur, le papa, la maman, le frère, la sœur lui ont demandé de le suivre innocemment vers le chemin de l’horreur.
En tant qu’enfant, la victime n’avait pas la défense nécessaire mais la victime en tant qu’adulte peut avoir la défense fondamentale pour ne plus subir des agressions d’autrui.
Apprendre à dire NON :
L’adulte peut apprendre que le « non » est un mot comme un autre, que le « non » ne veut pas dire « il ne m’aime pas » « je serai abandonné ». Tout le contraire se produira le jour où la victime arrivera à prononcer le « non » naturellement. La victime se rendra assez vite compte que son « non », n’a rien changé dans sa vie, qu’il n’a pas provoqué de catastrophe. Non, son petit « non » à juste changé le regard des autres, des autres qui commenceront à la respecter. La respecter pour ce qu’elle est, pour son amitié et non plus pour les services qu’elle rend ou pour les cadeaux qu’elle offre généreusement. Les autres vont la voir comme une personne entière et non comme un service social à elle toute seule. La victime apprendra à se respecter également. Les personnes acceptant ce « non » seront-elles aussi respectueuses envers la victime. Ceci ne peut que faire grandir la confiance en soi que la victime n’a malheureusement pas ou plus.
Le respect pour soi-même et les autres :
Le respect dont la victime à manqué pendant des années envers elle-même et de la part des autres est essentiel dans la vie de tous les jours. Aussi bien pour les victimes que pour les non-victimes, tout le monde souhaite être respecté. Pour cela il faut comprendre qu’il est important d’accepter les différences. Chaque victime a sa propre histoire. Il y a des histoires très dures comme d’autres le sont moins, mais une même chose est ressentie par chaque victime, c’est sa souffrance. Si nous n’arrivons pas entre victimes à respecter l’autre victime comment pouvons-nous demander aux autres de respecter notre souffrance ?
Guérir des abus sexuels :
Il y a des victimes qui se disent « guéries », comme si les abus sexuels étaient une maladie. Une maladie, c’est un virus, une grippe, un cancer…. Les abus sexuels peuvent provoquer certaines maladies comme la dépression, le cancer et bien d’autres, mais les abus sexuels en soi ne sont pas des maladies. Les abus sexuels sont les actes subis de la part des pervers qui laissent des traces à l’âme et au corps de ses victimes. Il n’y a pas de médicament pour arrêter la souffrance liée à l’abus. Beaucoup de victimes cherchent l’oubli dans la drogue, dans l’alcool mais cela ne suffit pas. La réalité du vécu revient à chaque instant quand la victime est sobre. D’autres victimes s’autodétruisent par l’anorexie, la boulimie, l’automutilation etc. Les conséquences des abus sexuels guident souvent les victimes vers des chemins les plus douloureux sans trouver de réconfort durable et stable. La seule chose qui peut à la rigueur aider la victime à aller mieux est le fait d’accepter, accepter son passé, accepter surtout qu’en tant qu’enfant elle n’a pas pu faire entendre ses cris de souffrance poussés en silence.
L’acceptation de son passé :
L’acceptation est le premier pas pour aller mieux. Pour cela la victime traverse plusieurs étapes, la haine, la colère, les attitudes exagérées comme être trop parfaite, trop joyeuse, trop aimable, trop à l’écoute de l’autre. La victime pour se donner une place dans la société cherche à être aimée, à être utile, à être mise en avant. Ce sont des étapes normales mais elles devraient être aussi courtes que possible car chaque étape fait souffrir la victime. En écoutant ou en lisant les histoires des autres victimes, il est plus facile à relativiser sa propre histoire. Il y a toujours pire, il y a toujours moins pire. Le fait d’écouter, de lire nous montre également que nous ne sommes pas seules dans notre souffrance. Pour cela des groupes de paroles sont organisés un peu partout dans le monde, mais ceci n’est pas une thérapie à prendre à la légère, il faut être prêt pour pouvoir entendre les histoires, les souffrances des autres victimes, cela peut être trop difficile pour certains, il est donc préférable de commencer en thérapie individuelle. Il existe d’autres thérapies qui peuvent aider les victimes. Quelques exemples : l’affirmation de soi, l’expression par l’écriture, la peinture, l’argile, la relaxation etc. Chaque victime doit trouver sa propre thérapie, personne ne peut dire à l’avance laquelle sera la plus adaptée.
La victime manipulatrice :
D’autres victimes ont un malin plaisir à faire subir leur haine et colère envers d’autres victimes plus vulnérables qu’elles. Des victimes qui ont encore un bout de chemin à faire avant l’acceptation. Ces victimes ont un réel problème avec leur passé, le fait de se sentir mieux en manipulant les autres les place dans la catégorie des manipulateurs. Ce sont des victimes qui n’abusent peut-être pas physiquement des autres, mais psychologiquement. Ces victimes-là peuvent détruire une autre victime, la pousser à retomber dans une victimisation exagérée, à retomber dans l’alcoolisme, la drogue et même aller jusqu’au suicide. Le gros problème avec ces victimes manipulatrices est le fait qu’elles sont persuadées d’avoir raison, qu’elles font tout ce qu’elles peuvent pour que l’autre aille mieux, cependant elles oublient que chaque victime à besoin de temps, de faire son propre parcours, par ses propres expériences. En respectant ceci, le respect commence enfin. Un manipulateur est fort, il vous fait douter de vous-même, pourtant vous savez que vous avez raison de ne pas vouloir le suivre, alors écoutez- vous et tracez votre propre chemin. Une personne qui vous demande le respect, doit d’abord le gagner. Une personne qui vous aide dans votre combat personnel ne doit pas vous obliger à la remercier par des actes qui seraient contre votre volonté. Vous ne devez rien à personne car votre combat est le vôtre, les autres sont là pour vous guider, ils ont choisi de plein gré de prendre cette place. Ne vous faites pas culpabiliser par les propos des personnes qui dénigrent votre « lenteur », votre « incapacité », votre « instabilité » par rapport à votre chemin, vous seul(e), vous êtes maître de votre vie. Vous seul, pouvez changer votre parcours.
Comment aider une victime :
Certaines victimes ont besoin de parler de leur passé, d’autres préfèrent garder le silence. Une victime a besoin de se sentir en confiance si elle décide de parler. Le respect veut que les échanges entre victimes ou victimes et professionnels restent confidentiels. Une victime doit pouvoir avoir une confiance aveugle en la personne qu’elle a en face d’elle. Au moindre doute la victime se referme sur elle et ne parlera peut-être plus jamais. Les professionnels savent par les livres comment guider les victimes vers l’acceptation. Les victimes entre elles peuvent s’entre-aider en écoutant, en conseillant, en racontant leurs propres chemins. Par contre ni les professionnels ni les victimes n’ont le droit d’imposer un chemin qui ne correspondrait pas au besoin de la victime. Personne n’a le droit de dire, il faut faire ceci ou cela, si nous nous mettions à la place de la victime nous n’accepterions jamais un tel comportement donc faisons en sorte de ne pas l’infliger aux autres.
Les milieux sociaux des victimes :
L’important n’est pas de savoir dans quel milieu la victime a grandi. Cela arrive dans tous les milieux, aussi bien dans les milieux sociaux moins favorisés que dans les milieux dits favorisés. Chez les catholiques, les protestants, les laïques, les témoins de Jéhovah, c’est un mal qui n’a pas de classe sociale, qui n’a pas de frontière, qui n’a pas de religion. La victime dans n’importe quel milieu ressent la même souffrance que chez les autres.
La victimisation exagérée :
La victime a souvent la fâcheuse habitude de prendre pour son compte les malheurs des autres. Elle estime que c’est de sa faute si des événements ne se déroulent pas comme prévus. La victime n’a pas le reflex de dire que cela est peut-être dû à un élément externe sur lequel il n’a pas d’influence. Ce phénomène est dû à une trop lourde responsabilité dans l’enfance. L’enfant étant responsable du secret entre son abuseur et lui. L’enfant est souvent menacé verbalement : « si tu parles, tu tueras ta mère », « si tu parles ils ne vont pas te croire, ils vont te mettre en prison ». Il n’arrive pas en tant qu’adulte à se défaire de ces menaces. L’adulte continue à croire que tout est de sa faute, et se revoit comme l’enfant qui a accepté de suivre son agresseur et qui n’a pas su faire arrêter les abus. Pour lui ceci reste de sa faute. Seul un long travail sur soi peut faire accepter qu’il n’est et n’a jamais été fautif concernant les abus sexuels.
La honte et son corps :
La victime a honte, honte de son corps, honte de ce qu’on lui a fait subir. La victime se sent salie au plus profond d’elle-même. Ce qui est encore moins supportable pour une victime est le fait que son propre corps a peut-être réagi pendant les abus sexuels. Un garçon a pu avoir des érections, une fille a pu avoir des orgasmes, pourtant les abus ont eu lieu sous la contrainte. Le corps est un mécanisme indépendant de sa propre volonté. La victime se sent trahie par son propre corps et aura de plus en plus de mal à gérer cet aspect si elle n’en parle pas. Les explications par un professionnel peuvent être très utiles, seulement il faut oser en parler. La victime pense être seule dans ce cas et s’enferme dans un mutisme lourd de conséquences. Dans sa vie d’adulte ce même corps ressent de nouveau des plaisirs qu’il a pu sentir en tant qu’enfant. Beaucoup de victimes, pour garder le contrôle sur leur corps refusent tout acte sexuel. D’autres cherchent à punir ce corps en le prostituant, ce corps qui les a trahies en étant enfant, elles contrôlent maintenant les plaisirs des clients.
La peur de devenir agresseurs :
Beaucoup de victimes en relation avec des enfants, leurs propres enfants ou des autres, ont peur de devenir des agresseurs. Pourtant il n’y a qu’un tout petit pourcentage de victimes qui deviennent « agresseur » à leur tour. Ce sentiment de peur est dû à la médiatisation, aux coupables qui devant la justice clament haut et fort qu’ils ont des circonstances atténuantes parce qu’ils ont subi des abus sexuels ? Est-ce pour cela un sentiment fondé pour la victime, d’avoir peur de lui-même ? La victime qui se met en question et qui reste vigilante n’abusera pas des enfants, il les protégera, il aura plutôt tendance à repousser l’enfant que de le prendre dans ses bras, pourtant ceux qui connaissent la souffrance d’être victime ne passeront pas à l’acte, ils ne voudront pas faire subir ces maux aux autres.
La vie avec une victime :
Certaines victimes ont besoin qu’on s’occupe d’eux, qu’on les prennent dans les bras, qu’on pleure avec elles. D’autres sont plutôt distantes, voir froides envers autrui. La vie avec une victime n’est pas facile, c’est une vie qui demande beaucoup de compréhension, beaucoup de patience. Par contre il ne faut jamais oublier que vous êtes une personne entière et que vous avez le droit de vivre. Vous ne devez pas vivre qu’au travers d’une victime, votre propre vie est importante, vos propres désirs ne sont pas négligeables. La victime qui a choisi de vivre avec vous, vous doit également le respect comme vous le lui le devez. La seule façon de pouvoir vivre en harmonie, est de se poser mutuellement la question, qu’est ce que tu désires, qu’est ce que tu veux/peux faire ? Qu’attends- tu de moi, dans quel domaine puis- je t’être utile ? En tant que partenaire d’une victime vous ne pouvez pas prendre toute sa souffrance sur votre dos, car cette souffrance n’est que connue par les victimes. Même ceux qui disent pouvoir comprendre, pouvoir ressentir la douleur, sont loin de s’imaginer la réalité. En tant que partenaire vous devez trouver votre place sans autant oublier votre identité. Vous êtes malheureusement la personne vers laquelle la victime se tournera en cas de crise de colère ou d’angoisse, pourtant vous n’êtes pour rien concernant les abus, mais vous êtes la personne la plus proche, qui subit ce que la victime n’ose pas faire subir à son ou ses agresseurs. Affirmez- vous, faites savoir que vous n’y êtes pour rien mais que vous êtes ouvert à discuter sur son mal-être, mais n’acceptez pas tous les sautes d’humeurs. Proposez lui d’entamer ensemble une thérapie, de chercher ensemble des solutions, d’écrire peut-être ensemble une lettre à son agresseur. Faites savoir que vous êtes là mais ne vous oubliez pas. Ne banalisez pas son passé, ne lui dites pas « il faut oublier » ces mots sont très blessant et montrent que vous ne comprenez « rien ». Si vous cherchez dans votre mémoire un événement de votre enfance, par exemple, un accident que vous n’avez pas oublié et qui a laissé des traces sur vous, pouvez-vous l’oublier ? Cet événement n’est pas encré en vous, sauf si cet accident est la cause d’un handicap, mais dès que vous entendez le bruit, les odeurs d’un événement semblable votre accident vous revient en mémoire. Pour une victime c’est la même chose par contre la seule différence avec vous est le fait que la victime des abus sexuels, vive ces moments avec des odeurs, des bruits, des visions qui reviennent tous les jours. Au contraire de vous, qui avez été pris en charge après l’accident, vous avez eu droit aux soins nécessaires, les victimes des abus sexuels ont dû se soigner toute seule. Ce n’est pas pour rien que le parcours des victimes est long, plus tôt une victime est prise en charge, plus tôt elle peut aller mieux.
J’aimerais préciser que je parle ici de toutes les victimes, hommes ou femmes.
Frieke Brandebourg-Jeurgens
02.12.2008
Contact : carnetdeliens@orange.fr ou sanviolentine@wanadoo.fr
Document en PDF à télécharger: http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/56/58/26/etre-victime-pour-carnet-de-liens-et-sanviolentine.pdf
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